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Dear Mr. Allan Kardec,

I congratulate myself for being in touch with you through the kind of studies to which we both devote ourselves. For more than twenty years I have been working on a book that should bear the title “Study on microorganisms”.  It should focus on physiology; however, my intention was to demonstrate the limitations of Bichat’s system. This system does not acknowledge the existence of a spirit but does connect the relationship of organic life’s desire to survive. I wanted to demonstrate that there is a third mode of existence that outlives the two others, in a non-organic state. This third mode is nothing but the animic or spirit’s life, as you call it. In one word, it is the primitive microorganism that engineers the two other modes of existence: the organic and that of relationship. I also wanted to demonstrate that the microorganisms have a fluidic nature, that are biodynamic, attractive, indestructible, autogenic and, in a defined number, in our planet as well as in all circumscribed environments.

When the book Heaven and Earth by Jean Reynaud was published, I was forced to modify my convictions. I acknowledged that my system was too narrow, thus admitting, like him, that the globes, through the exchange of electricity mutually established among them, through several electrical currents, must necessarily favors the transmigration of the microorganisms or spirits, having the same fluidic nature.

When the turning tables were spoken about I immediately dedicated myself to that practice, obtaining results that leave me no doubt regarding the manifestations. I soon understood that it was time for the invisible world to become visible and tangible and that, since then, we were marching towards an unprecedented revolution in Science and Philosophy. However, I was far from imagining that a spiritist journal could be established so fast and be maintained in France. Today, Sir, thanks to your perseverance, it is a sure fact and of enormous reach. I am far from thinking that all difficulties have been overcome. You will find many obstacles and endure many jokes but truth will shine after all. One will recognize the fairness of the observation of our renowned Professor Gay-Lussac who was telling us in his course, with respect to the imponderable and invisible bodies, that these were inexact expressions that only attested our limitation in the current state of art of our Sciences, adding that it would be more logical to call them imponderable. Thus, the same also applies to the visibility and tangibility. What is not visible to one may be visible to someone else, even to the naked human eye, as the example given by the sensitive. Finally, the hearing, smelling, and tasting, which are nothing more than modifications of the tangible property, are unperceivable in humans when compared to those of the dog, eagle and other animals. Hence, there is nothing of absolute in those properties that multiply according to the organisms. There is nothing invisible, intangible, and imponderable. Everything can be seen, touched or weighed, when our organs, which are our first and most precious instruments, may have become subtler.

I ask you to add the following experience to those many others which you must have used to confirm our third mode of existence, the spirit’s life: Magnetize a person who is blind by birth and in the somnambulistic state frame a series of questions about the forms and colors. If the sensitive is lucid, he will unequivocally demonstrate that he has knowledge about these things that was not possible to acquire but in one or several prior existences.

I finish, Sir, by asking you to accept my very sincere congratulations for the kind of studies that you dedicate yourself. Since I have never been afraid of manifesting my opinion you can include this letter in your Review, if considered useful.

Yours very dedicated server,

Morhéry, Doctor in Medicine

Loudéac, December 20 1858

 

OBSERVATION: We are happy for the authorization given by Dr. Morhéry to publish the remarkable letter that we have just read, bearing his name. It demonstrates that there is in him, besides the man of Science, the sensible man, that sees something beyond our sensations and who is capable of sacrificing his own personal opinions before evidence. For him conviction is not a blind faith, but a reasoned one. It is the logical deduction of the wise individual that does not pretend to know everything. 

 


 

Correspondance.

Loudéac, 20 décembre 1858.

Monsieur Allan Kardec,

Je me félicite de m'être mis en rapport avec vous pour le genre d'étude auquel nous nous livrons mutuellement. Il y a plus de vingt ans que je m'occupais d'un ouvrage que je devais intituler - Étude sur les germes. Cet ouvrage devait être spécialement physiologique; cependant mon intention était de démontrer l'insuffisance du système de Bichat, qui n'a admis que la vie organique et la vie de relation. Je voulais prouver qu'il existe un troisième mode d'existence qui survivait aux deux autres à l'état anorganique. Ce troisième mode n'est pas autre chose que la vie animique, ou spirite, comme vous l'appelez. C'est en un mot le germe primitif qui engendre les deux autres modes d'existence, organique et de relation. Je voulais démontrer aussi que les germes sont de nature fluide, qu'ils sont bidynamiques, attractifs, indestructibles, autogènes et en nombre défini sur notre planète comme dans tous les milieux circonscrits. Quand parut Ciel et Terre, de Jean Reynaud, je fus obligé de modifier mes convictions. Je reconnus que mon système était trop étroit, et j'admis avec lui, que les astres, par l'échange d'électricité qu'ils peuvent s'envoyer réciproquement, doivent nécessairement, par ces divers courants électriques, favoriser la transmigration des germes ou Esprits qui sont de même nature fluidique.

Lorsqu'on parla des tables tournantes, je me livrai de suite à cette pratique et j'obtins des résultats tels que je n'eus plus aucun doute sur ces manifestations. Je compris de suite que nous touchions au moment où le monde invisible allait devenir visible et tangible, et que dès lors, nous marchions à une révolution sans exemple dans les sciences et dans la philosophie. J'étais loin de m'attendre, cependant, qu'un journal spirite pût s'établir si tôt et se maintenir en France. Aujourd'hui, Monsieur, grâce à votre persévérance, c'est un fait acquis, et ce fait est d'une grande portée. Je suis loin de croire les difficultés vaincues; vous éprouverez bien des obstacles, et vous subirez bien des quolibets, mais en fin de compte, la vérité se fera jour; on arrivera à reconnaître la justesse de l'observation de notre célèbre professeur Gay-Lussac, qui nous disait dans son cours, à propos des corps impondérables et invisibles, que ces expressions étaient inexactes, et constataient seulement notre impuissance dans l'état actuel de la science; il ajoutait qu'il serait plus logique de les appeler impondérés. Il en est de même de la visibilité et de la tangibilité; ce qui n'est pas visible pour l'un, l'est pour l'autre, même à l'œil nu; exemple, les sensitifs; enfin, l'ouïe, l'odorat et le goût, qui ne sont que des modifications de la propriété tangible, sont nuls chez l'homme, par rapport au chien, à l'aigle, et à divers animaux. Donc il n'y a rien d'absolu dans ces propriétés qui se multiplient suivant les organisations. Il n'y a rien d'invisible, d'intangible, d'impondérable: tout peut être vu, touché ou pesé quand nos organes, qui sont nos premiers et nos plus précieux instruments, seront devenus plus subtils.

A tant d'expériences, auxquelles vous avez déjà eu recours pour constater notre troisième mode d'existence (vie spirite), je vous prie d'ajouter le suivant. Veuillez bien magnétiser un aveugle de naissance, et dans l'état somnambulique lui adresser une série de questions sur les formes et les couleurs. Si le sujet est lucide, il vous prouvera d'une manière péremptoire qu'il a sur ces choses des connaissances qu'il n'a pu acquérir que dans une ou plusieurs existences antérieures.

Je termine, Monsieur, en vous priant d'agréer mes biens sincères félicitations sur le genre d'études auquel vous vous consacrez. Comme je n'ai jamais eu peur de manifester mes opinions, vous pouvez insérer ma lettre dans votre Revue si vous jugez que cela soit utile.

Votre tout dévoué serviteur,

MORHÉRY, docteur médecin.

Remarque. Nous sommes bien heureux de l'autorisation que M. le docteur Morhéry veut bien nous donner de publier en le nommant, la lettre remarquable que nous venons de lire. Elle prouve en lui, à côté de l'homme de science, l'homme judicieux qui voit quelque chose au-delà de nos sensations, et qui sait faire le sacrifice de ses opinions personnelles en présence de l'évidence. Chez lui, la conviction n'est pas une foi aveugle, mais raisonnée; c'est la déduction logique du savant qui ne croit pas tout savoir.